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AS ROMA équipe 1

Abonnée aux places d’honneur, la Roma est-elle “maudite” ou une éternelle “inachevée” ?

AS Roma

Depuis sa fondation en 1927, la Roma constitue une figure traditionnelle et incontournable du football italien. Pourtant, malgré sa constante présence dans l’élite du calcio, sa salle des trophées reste peu fournie, notamment face aux principales équipes du nord du pays, cela aussi bien sur la scène nationale qu’internationale. Le palmarès du club le plus populaire de la plus grande ville d’Italie constitue donc un véritable paradoxe ! Pourtant, si les nombreuses places d’honneur cumulées par la Roma au cours de son histoire se seraient transformées en succès, son « tableau de chasse » serait tout autre! Alors, la Louve est-elle « maudite » ou une éternelle « inachevée » ?

Championne des « secondes marches »

Sur le plan national, en 93 ans d’existence, la Roma a remporté 3 championnats, 9 coupes et 2 supercoupes, soit un bilan de 14 titres. Des succès qui, au regard des « places d’honneur » obtenues dans ces mêmes compétitions (notamment en championnat), font bien pâles figures, « la Magica » étant devenue vice-championne d’Italie à 13 reprises (et le nombre grimpe même jusqu’à 16 si on considère les clubs ancêtres de la Roma avant 1927) !!! En coupe d’Italie, la Roma s’est hissée 17 fois en finale avec un taux de succès à peine supérieur à 50%, celui-ci s’effondrant à un petit tiers en supercoupe (6 finales pour seulement 2 succès en 2001 et 2007).

Tancredi 1986

Sur la plan international, le bilan est similaire, ou presque. Au cours de son histoire, la Roma a participé à l’ensemble des compétitions européennes, réalisant plusieurs épopées historiques dont trois la portèrent jusqu’en finale :

  • 1961 : Roma-Birmingham City lors de la Coupe des Villes de Foire (ancêtre de la coupe UEFA, aujourd’hui rebaptisée Europa League),
  • 1984 : Roma-Liverpool lors de la Coupe des Champions (aujourd’hui rebaptisée Champion’s League),
  • 1991 : Roma-Inter en Coupe UEFA.

Là encore, le taux de réussite ne va pas au-delà de 33%, la Louve n’ayant remporté que sa première finale européenne !
Au niveau des places d’honneur, le tableau peut être complété par une demi-finale en Coupe des Coupes face aux Polonais du Gornik Zabrze lors de la saison 1969-70 (terminée en parité, la Roma fut alors éliminée par tirage au sort !) ainsi que par une demi-finale lors de la Champion’s League 2017-18.
Comme au niveau national, les succès restent très en deçà des « secondes places ».

Les raisons d’un paradoxe historique

Sur la base des résultats précités, comment expliquer le manque de « finition » de la part d’une équipe aussi importante et suivie que l’Associazione Sportiva Roma ?
Si chaque génération de tifosi et d’amoureux du ballon a pu, rationnellement ou non, se faire son idée sur ce paradoxe, au regard des faits et de leur récurrence, deux raisons principales se dégagent.

Romantisme exacerbé et culture de l’immédiate autosatisfaction

La première raison de tant de désillusions découle directement de certains aspects propres à la culture romaine, à la fois chaleureuse, enthousiaste et orgueilleuse. Trois particularités qui, dans le constant tourbillon de la Cité éternelle, sont autant de détonateurs propices aux satisfactions immédiates et à de régulières euphories démesurées.
La passion vouée au calcio ne fait naturellement pas exception, bien au contraire, la Roma cristallisant à la fois l’histoire, la culture et l’orgueil d’une grande majorité de la ville. Dans ces conditions, pas étonnant qu’une simple victoire puisse exacerber des joies et des ferveurs souvent disproportionnées. A cela s’ajoute « le revers de la médaille » d’une trop grande allégresse et d’une rapide « autosatisfaction » ; la désillusion (pour ne pas dire dépression collective) aux premiers déboires.
Les « montagnes russes » engendrés par ces particularités de « l’ADN » romain constituent un important facteur d’instabilité peu propice aux visions et/ou projet sur le long terme. Une tendance « culturelle » à laquelle la Roma et ses membres n’échappent pas, à quelques exceptions près, l’humain prenant régulièrement le pas sur les structures du club…

Dans la même dynamique, le fort penchant romain pour l’autosatisfaction des compétences « intra muros » s’abreuve d’un constant besoin de « romanisation ». Là encore l’équipe aux couleurs ville ne fait pas exception, chaque enfant du cru (joueur ou entraîneur) étant rapidement érigé au rang de symbole, voir d’idole. Cette caractéristique a pour effet de provoquer un fort (et souvent trop rapide) attachement aux individus. L’ « amour » démesuré que leur portent les tifosi empêche, là encore, d’avoir une vision rationnelle des choses, chaque bonne prestation étant immédiatement exaltée et chaque contre-performance (le plus souvent) excusée (sans parler des hystéries que peut provoquer la vente d’un enfant du pays à un club rival). Une situation habituelle sur les bords du Tibre qui peut parfaitement se résumer en paraphrasant la célèbre citation de Blaise Pascal (1623-1662) sur le cœur et la raison : « la passion a sa logique que la logique ignore »…

Au cours de son histoire, les récurrentes chutes de la Roma sur le chemin de la victoire au travers de défaites inattendues, voir impardonnables, sont souvent le fruits de cette forte propension pour l’autosatisfaction immédiate, incompatible avec la « constance marathonienne » que nécessite la victoire d’un titre (notamment en championnat) ou l’atteinte d’un objectif annuel (Coupe d’Italie ou places qualificatives pour l’Europe). En effet, au moins un tiers des secondes places constituent des Scudetto perdus pour un ou deux points bêtement égarés lors de matchs largement à la portée de la Louve…

Daniele De Rossi

Ambitionner des titres tout en vivant d’amour et d’illusions au travers d’autosatisfactions à court terme n’est tout simplement pas compatible avec des résultats d’envergures. L’instauration d’une véritable culture de la gagne sur le long terme, « imperméable » à l’euphorie ambiante, constituerait certainement une première réponse pour cesser de trébucher sur la dernière marche et remporter des titres…

Eternelle sacrifiée sur l’autel des jeux de pouvoir

Si la première raison des nombreuses places d’honneur de la Roma est issue d’un facteur purement « interne », la seconde échappe totalement, ou presque, à la culture et aux performances du club.
Depuis sa constitution, le Scudetto a la particularité de se gagner à la fois sur le terrain, mais également (voir surtout) en coulisse, les diverses instances du football italien étant gangrenées par d’incessants jeux de pouvoir.

Depuis plus d’un siècle, les jeux d’influences dont le football italien est le théâtre sont (comme dans la société) dictés par les plus puissants, soit par ceux qui disposent des plus grandes ressources financières et par là-même des meilleurs réseaux et relais au sein des divers « palais » du calcio. Un système sur lequel la Roma ne semble paradoxalement pas avoir prise (ou très peu) malgré sa qualité d’équipe de la capitale et donc du premier centre de pouvoir du pays. Mais dans le calcio, « l’économie » primant sur tout autres considérations à commencer par les valeurs du sport, cela débouche à une véritable « privatisation » des titres mais aussi à l’explosion régulière de scandales sous diverses formes (matchs truqués, corruption, dopage, etc.) qui ne manquent pas d’entacher l’image du calcio. A chaque fois, ce sont les « éternels seconds », à l’instar de la Roma ou d’autres (notamment le Napoli, la Lazio et le Parma au cours de ces 25 dernières années), qui font les frais de ces courses au titre biaisées en coulisse, leurs efforts (sportifs et extra sportifs) étant systématiquement (ou presque) réduits à néant par des décisions à sens unique lors des matchs et des moments décisifs de la saison.
En Italie, le mal est d’autant plus profond que les diverses occasions de faire le grand ménage ont à chaque fois abouti à « mettre la poussière sous le tapis » en attendant de pouvoir reprendre de plus belle.
Accepter que chacun ait sa chance sur la ligne de départ ne semble pas faire parti de la culture footballistique italienne, c’est pourtant une condition sine qua non si le calcio entend redevenir un vrai championnat à l’image de la Premier League et pouvoir à nouveau rivaliser avec les meilleures équipes européennes.

Autant d’éléments, souvent extérieurs au sport même, sur lesquels la Roma et la grande majorité des clubs italiens n’ont aucune prise. La dérive étant devenue la « normalité » au sein des instances italiennes que désormais le salut du calcio, au travers la préservation de son équité et de sa diversité, ne pourra venir que de l’extérieur, les scandales et les mauvais résultats sur la scène internationale (même les plus honteux) n’étant apparemment pas assez puissants pour permettre un véritable électrochoc aboutissant à un changement de mentalité. Au contraire, le football italien semble s’être désormais enfermé dans « une tour d’ivoire » au travers d’une culture «  des petits copains » qui ne pourra que le mener à sa perte si rien ne change.

Elshaarawy

Au niveau des compétitions internationales, sans parler de « culture des coulisses » comme en Italie, outre le (mauvais) sort réservé par une monnaie, force est de constater que dans les moments clés des rencontres décisives face à certains ténors européens, la Roma est régulièrement prise en défaut au travers de décisions (ou plutôt à défaut de décisions) incompréhensibles (voir contraires au règlement), l’empêchant à chaque fois ou presque de franchir un nouveau palier pour grandir sur la scène européenne.

Luttes interne et externe

S’expliquant à la fois par des raisons internes (culturelles et sentimentales) et externes (politiques et économiques), la collection des places d’honneur de la Roma reste une réalité qui ne cesse de se perpétuer. Le club est pourtant parvenu à les surpasser à quelques rares occasions. Autant « d’exceptions » qu’il serait donc intéressant d’analyser (dans un prochain article) afin d’en comprendre les mécanismes qui sont peut-être autant de solutions à « dupliquer » pour parvenir à régulièrement étoffer les étagères de la salle des trophées de Trigoria…

AS Roma scudetto

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