James Pallotta : « Sans le Fair-Play financier, la Roma aurait été première »

James Pallotta, Président de l’AS Roma de 2012 à 2020, est revenu sur ses années au sein du club de la Capitale.

A Rome, on a fait des choses intéressantes et des choses dont je suis moins content. Ça me plairait que, ce que nous avons construit, soit porté en avant pour faire bien. Je souhaiterais voir l’équipe avancer, il semble qu’il y ait encore du travail à faire sur le terrain et aussi dans d’autres aspects. Je ne suis pas content de les voir à la 8e place du classement. J’espère qu’ils le comprennent.

James Pallotta

Vous entendez que votre travail n’a pas été apprécié ?

Beaucoup trop de personnes oublient que, de 2012 à 2020, aucune autre équipe à part la Juventus a gagné le championnat. Neuf années consécutives au cours desquelles le club le plus riche d’Italie – doté de son propre stade – a dominé. Malgré cela, nous sommes arrivés trois fois à la deuxième place du championnat, et nous sommes arrivés à la troisième place deux fois, en plus d’avoir eu accès à la demi-finale de ligue des champions. Cela est probablement la meilleure tendance par rapport aux autres.

Je regarde l’équipe que nous avons créée et, franchement, je pense que si le Fair-play financier ne nous avait pas poussé à vendre des joueurs, cette Roma serait première aujourd’hui.  Au cours des années, nous avons du vendre Salah, Alisson, Nainggolan, Pjanic, Strootman, Paredes, Emerson, Manolas, Benatia, Maquinhos. Walter Sabatini a fait un travail incroyable en découvrant des talents avant les autres. Malheureusement la façon dont fonctionne le foot – vendre pour respecter le FPF ou le fait que les joueurs veulent jouer ailleurs – est la dure réalité quand on n’est pas l’un des clubs les plus riches du monde.


Donc, le Fair  Play financier aide les clubs les plus riches à rester les plus forts ?

Il n’y a pas de doute. Les grandes équipes ont réussi à s’en tirer avec ce genre de choses. Les propriétaires peuvent tout obtenir. Quand nous on générait environ 200 millions d’euro de revenus, des clubs comme le Barcelona ou le REAL Madrid, qui voulaient nos joueurs, généraient 800 ou 900 millions de revenus. Dans ces conditions, c’est vraiment difficile d’être compétitif contre eux sans faire du « trading » de joueurs.
Dans un sens, on a construit un modèle comme celui de l’Atalanta aujourd’hui, que tout le monde vante d’ailleurs. On prenait des joueurs, qui amélioraient l’équipe, puis on les vendait pour rétablir les comptes en sachant que des gens comme Walter Sabatini et autres pouvaient découvrir des talents qui maintiendraient l’équipe compétitive. C’est seulement de cette manière que nous avons pu faire ce que nous avons fait, en se qualifiant toujours en ligue des champions, jusqu’à ce que je me trompe en embauchant Monchi.


Maintenant, c’est la Juventus qui est moins forte ou ce sont les autres clubs qui se sont améliorés ?

Je pensais que la Juventus était l’équipe la plus forte des neuf dernières années, mais désormais, quand on regarde les enquêtes en cours, je commence à mettre cela en doute. Ils avaient leur stade, et plus du double de recettes par rapport à nous. Chaque fois qu’on avait un bon joueur dans l’équipe, on était inquiet à l’idée que la Juventus l’acquiert. Ils l’ont fait avec Naples, Milan et ils l’ont fait avec nous (avec Pjanic), et ils ont récidivé avec la Fiorentina. Puis, on regarde les enquêtes en cours (il parle d’une enquête mettant en cause les dirigeants de la Juventus en matière de plus-values, ndlr), je ne sais pas ce qui en sortira, mais il semble clair que la Juventus a joué à un petit jeu avec le mercato. Les autres équipes s’améliorent et le championnat grandit, mais en général je pense que la Juventus n’est plus la même équipe qu’avant.


 Pourquoi est-il si difficile de travailler à Rome ?

Quand nous avions acquis la Roma (c’est le groupe RAPTOR qui en fait l’acquisition, ndlr), nous étions les premiers investisseurs étrangers dans le foot italien. Le championnat était un désastre. Les offres de droits télévisuels étaient une blague. Il y avait énormément de racisme dans les stades. Nous savions via des sondages que les familles ne se sentaient plus en sécurité en allant au stade. La SERIE A fut la meilleure du monde, mais était devenue le troisième ou quatrième championnat entre temps.  Les stades étaient vieux et ils le sont encore plus. Le championnat italien était en retard de vingt ans sur la Premier League.

Par rapport à celle que nous avons vendue, la Roma acquise en 2011 était très différente. Je me fiche de ce que disent les anciens propriétaires (il parle de Rosella SENSI, ndlr) ou les autres, on a hérité d’un club qui avait des dettes colossales (la Roma avait encore à payer des arriérés de salaire à Gabriel Batistuta, ndlr), elle avait de faibles revenus et était en banqueroute. On a du négocier son acquisition avec la Banque Unicredit qui était propriétaire de l’équipe.


Désormais il y a d’autres investisseurs américains en Italie. Vous reviendrez ?

Je peux essayer de revenir. Il est possible que ça soit plus facile. A l’époque de la Roma, on était les seuls en SERIE A et c’était très difficile. Il y a avait toute sorte de factions, et chacune fonctionnait de différente manière. Ce qu’il se passe est intéressant. Nous mettons en place un fonds sportif substantiel pour faire des choses intéressantes dans le sport et nous sommes au tout début du processus, mais je pense qu’il y a encore des opportunités intéressantes en Italie, des situations particulières dont je ne veux pas parler pour l’instant , mais on verra. C’est curieux qu’il y ait tous ces Américains qui achètent des équipes et je n’ai parlé à aucun d’entre eux avant qu’ils n’achètent ces clubs


Est-ce que Steve Pagliuca, qui a pris l’Atalanta, est votre ami ?

Bien sûr, nous étions l’un des trois principaux actionnaires des Boston Celtics, et il a acheté mes actions. Je lui souhaite le meilleur là-bas. J’ai un ami qui a acheté Gênes. Maintenant je regarde ce qui se passe, j’espère qu’ils ne seront pas relégués en Serie B mais c’est difficile pour eux d’être sauvés.


Les Américains contribueront-ils à renforcer la marque Serie A ?

Jusqu’à ce que quelqu’un de fort arrive à gérer la Lega, je ne sais pas. Il y a des propriétaires qui ont des vues très provinciales et régionales, qui aiment avoir du pouvoir – nous savons tous qui ils sont – et qui aiment travailler avec de petits clubs (il semble faire allusion au Président Claudio Lottito, Président de la Lazio, ndlr). À certains égards, c’est formidable de voir tous ces Américains arriver en Italie, mais à d’autres égards, il semble que tout le monde pense qu’il sait mieux que quiconque comment gérer une équipe. Ils ne réalisent pas à quel point le football européen est compliqué par rapport aux sports américains ».

Antonino

⚖️ Avocat (Belgique)⚖️ | 🐺 CM @AsRomaFrancophone depuis 2013 🐺 |

Laisser un commentaire